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# Godzilla by Michael Sorkin (1990)

Several years ago, before ever having visited Tokyo, I decided that before my delirious vision of the place was contaminated by the rigors of actual observation, we'd better do a project there. Although we've called the building Godzilla, it isn't mean to be sinister, just large: a building with presence. Perhaps it would seem less threatening had we called it Barney.The project's affinities with Godzilla, however, are not merely morphological but conceptual. Just as that monster (I mean the term not pejoratively but genetically) stand for a certain intensification of Japanese post-nuclear anxieties, so this building represents, for me, an intensification of Tokyo-ness. In it, the tangled skein of the city finds a critical mass and erupts into form, a verticalization of what I took - from my distant vantage point - to be the fundamental (dis)order of the city.
extract from the book Wiggle by Michael Sorkin Studio published by The Monacelli Press

# Yona Friedman's exhibition

Yona Friedman's work is currently exhibited in la Galerie Kamel Mennour in Paris (47 rue Saint André des Arts). This exhibition, running until january 31st is about La Ville Spatiale represents as a first chapter, Friedman's early work when february will host his new work.One piece, definitely not to miss is a little cartoon about how human perception of the world is definite by his eyes' focus.As a former post, read the interview Martin and I did for our thesis last year (only available in French unfortunately).

# Resisting the Generic Empire by Yicheng Pan (AA)

Project in AA's studio 6 led by Christopher LeePresentation Text in Typological Formations. Renewable building types and the city (AA publications)
In Singapore, urban planning projects are subject to stringent control by the state. This project resists the formation of a state-engineered "Generic Empire" by inverting the skyscraper to provide a typological urban framework that cultivates difference through the coexistence and participation of multiple types and skateholders. Marina Bay is 139 hectares area of reclaimed land that has remained barren for a decade because of the economic crisis in the region. It was relentlessly promoted by the former goverment, to no avail; now a new political leadership is trying a different approach, relaunching the original failed masterplan for the site in a repackaged form, complete with a series of iconic high-rise structures that promise to generate a spectacular skyline. The masterplan proliferates a single building type and stubbornly resists the participation of all other scales, types or investments. The simple homogenous plane of regular blocks can only be occupied by mega-corporations and skyscrapers. As a consequence, the collective public ground plane is forsaken. Lacking the flexibility to involve local etablishment and bussinesses in the development of smaler building types, the site passively awaits huge investments by global corporations. To subvert the endless proliferation of these skyscrapers across the city grid, this project makes strategic use of the overt political control of urbanism in Singapore. To enforce difference and freedom, it inverts the skyscraper's massing, forcing it to relinquish its control over the ground plane and make way for a multi-layered urban plan. The enables the immediate activation of smaller building types and creates multiple "clustered" volumes that encourages partnership between both private and public bodies. Departing from the state sponsored, postcard image of a fantasy skyline, the new urban plan of inverted skyscrapers presents an image of perpetual activity, creating an array of differential developmental scales that are less dependent on global economic cycles. Development can now incrementally begin to form a continuously shaded open space, providing the necessary level of comfort to sustain sociability in Singapore's hot and humid tropical climate. This project challenges and reconciles issues of control and flexibility in urban planning. It proposes that the best to sustain difference and participation is not to relinquish control, but conversely, to intensify it.

# Yona Friedman's lecture online

Yona Friedman's last lecture in Le Pavillon de l'Arsenal (8th april 2008) in Paris is online (in French only) --> click here

# craZY SEA CIty

Here is a very surprising project for Tel Aviv's marina designed by Ortner & Ortner, an austrian office in...2004. It's called Sea City and was exhibit at the Venice Biennale. Still today, there are still people nostalgic of Japanese Metabolism (and I kind of am one of them!).



# Interview de Daniel Docu

Building Blog publie une interview de Daniel Docu, ex-graphiste d'Electronic Arts et directeur du département artistique du jeu vidéo online ArenaNet (NCSoft). Cet entretien porte sur la relation du jeu et de l'espace.







# Mile High Skyscrapers and Floating Cities that never were

Wired News publie un article sur les projets urbains pharaoniques du XXe siècle (voire début XXIe) qui n'ont jamais vu le jour (sauf pour l'Hotel de Pyongyang qui existe bel et bien mais qui n'a jamais été achevé).
Pour lire l'article, direction: Wired

Ulan Bator 2109 (Mongolie) // A lire, Les Monades Urbaines de Robert Silverberg

Berlin tel qu'Hitler le souhaitait et qu'Albert Speer l'a dessiné


Federation Tower à Moscou avec une statue de Lénine qui, j'imagine doit supplanter la statue de la liberté de quelques mètres... // voir aussi le Monument pour la IIIe Internationale de Vladimir Tatline (1919) virtuellement construite par Takehiko Nagakura au MIT

# Conférence de Yona Friedman au Pavillon de l'Arsenal

Demain soir, à l'arsenal à 18h30, aura lieu une conférence de notre cher Yona Friedman qui présentera le projet qu'il a soumis l'année dernière au département de l'urbanisme de la ville de Shanghai, qui verrait un pont praticable (ceux qui connaissent Shanghai savent que pour traverser la HangPu River, c'est pas évident), et habitable selon les principes de la ville spatiale.
La conférence devrait donc être très intéressante, le personnage vaut le détour en tout cas...
A noter pour les plus motivés que Yona Friedman est également exposé à Arc en Rêve à Bordeaux en ce moment dans le cadre du forum urbain Agora 2008.
A demain donc...

# Interview de François Roche et Stéphanie Lavaux (R&Sie)



Interview réalisée le 6 février à Paris, dans le cadre de notre diplôme Penser la ville démocratique (Pré-jury le 21 mars prochain)


Martin Le Bourgeois : Le pouvoir de l’architecte, plutôt que de le déléguer aux hommes ou aux usagers, vous préférez le déléguer à des machines, ou à la nature (cf : spidernet). Quand vous perdez le contrôle pourquoi ne le remettez vous pas aux usagers plutôt qu’à une altérité autonome et qui n’a pas pour vocation de servir l’homme ?

François Roche : Je sens poindre l’hypothèse qu’il y aurait un déficit d’humanisme. Je sens dans ta question, une critique qui s’insinue malignement comme un préalable, une critique qui flatte celui qui l’émet, drapé et paré d’un supplément d’âme, portant l’humanisme en écharpe, en bandoulière, voir en cartouchière, pour flinguer dans le confort et la complaisance tout ce qui présupposerait ne pas en être.
L’attention aux mécanismes humains, et aux structures qui les conditionnent, l’empathie aux situations, les valeurs climatiques, voir pollutives d’un environnement, la relecture chimique des humeurs, autant de petits dispositifs qui chez R&Sie(n) fonctionnerait plutôt comme sa dénégation et son antidote.
Comment ne pas se prémunir et se méfier d’une notion, resucée anachronique des idéaux de la Renaissance, qui a été le vecteur, le levier opératoire des envolées illusionnistes du XXe siècle. On ne peut en évacuer la duplicité, sous couvert de…, a l’ombre de… ; duplicité maligne auréolée de grandeur d’âme pour simultanément et contingentement s’asservir aux systèmismes de la standardisation fait de tabula rasa, d’autorité panoptique, de mode de production sous-surveillance…pour en éliminer les multitudes, les anomalies, les singularités.
Mais allons plus en avant en saisissant un contre exemple, voir un exemple contre nature. On ne peut se satisfaire de n’agir que sous l’emprise d’Eros, baigné et imprégné de pulsion positive, aveuglé du lyrisme de sympathiques idéaux, sans approcher voir apprivoiser son double, Thanatos, pour regarder le mal en face, intrinsèquement lové au creux du premier.
L’architecture s’articule précisément en traversant cette duplicité.
Je me souviens de cette machine barbare et érotique dans la Colonie Pénitentiaire, une machine qui trace au stylet bistouri les mots même de la sentence sur le corps de la victime. Mais la machine est Célibataire, au sens de M Duchamp, elle brouille son écriture pour que le ‘’spectateur’’ ne puisse en saisir le sens. Le condamné est ainsi le seul à pouvoir dans sa chair, lettre après lettre, par la souffrance produite par le stylet, saisir, sentir le libellé de sa culpabilité au fur à mesure que le supplice est mis en œuvre. Fin du récit et moment rare et effroyable où le bourreau se substitue à la victime, afin que les scarifications successives puissent lui révéler la sentence que la machine va lui attribuer, et par là même, la culpabilité qu’il ne connaît pas encore.
Alors que faire de votre humanisme de salon. Comment va-t-il réagir face au protocole masochiste que l’individu met lui-même en œuvre contre lui-même, afin de vivre la dualité de son éros-thanatos, fait de pulsions contradictoires siamoises et contingentes.
Cette narration ouvre les portes béantes des interprétations multiples, des champs entiers à défricher, des terra incognita sur lesquelles se cartographient des paysages que seul l’imaginaire sait articuler. Elle ne clôt pas les scenarios mais permet aux ‘’subjectivations’’ individuelles de s’y infiltrer, de s’y entortiller afin de vivre comme l’Alice de Lewis Carroll la confusion entre projections paranoïaques et l’illusion des perceptions. La logique n’est pas à la surface des choses, elle n’est révélée que suite au retournement masochiste de la Machine barbare sur soi même par le risque d’une immersion fatale.
R&Sie(n), c’est essentiellement une entreprise similaire à cette machine, qui élabore des dispositifs hétérotopiques, paranoïaques, vecteur et support de narration qui ne sont lisibles que par ceux qui prennent le risque de l’emprunter de les emprunter.

Stéphanie Lavaux : Je ne vais faire que répéter, mais la machine n’est là que pour rehausser l’exigence sur quelque chose qui à la fois nous fait peur, et à la fois nous transporte vers un futur possible, vers la modernité et va donc mettre la barre très haut et va ouvrir tous les champs humains qui nous préoccupent.

Léopold Lambert : Sortir de l’humain pour mieux y revenir.

Stéphanie Lavaux : Oui c’est ça

François Roche : Pour reprendre ta question, la nature s’est essentiellement constituée sur des protocoles d’indétermination. La croissance d’un arbre peut être simulée par des algorithmes afin de reproduire sa géométrie, mais l’adéquation géométrie-photosynthèse-équilibre-croissance, reste et restera un protocole caché qui ne peut être réduit à la simple dimension morphologique.
Tout en percevant l’impossibilité de circonscrire les échanges qui subordonnent cette forme en mouvement, comment ne pas être tenté, au sens de la tentation d’une chose trop grande pour soi, par ce "Work in Process, in Progress'' qui n’en finit pas de s’autodéterminer en relation osmotique à un biotope lui-même transformiste. Comment ne pas être tenté d’introduire cette impermanence, cette dynamique génétique, cette adaptabilité au creux de la sclérose de l’architecture ; logiques de sens et fragilités du sens, protocoles et procédures, champs d’indétermination, perte de contrôle, fait de force et de fêlure, pour que des dispositifs constituent et se constituent sur ce qu’ils mettent en places, sur et à partir des stratégies relationnelles qu’ils mettent en place.
Au creux de ses indéterminations, on se plait à relire Spinoza par l’intermédiaire de Tony Negri, plus particulièrement dans son ouvrage écrit en prison, ‘’l’Anomalie Sauvage’’….on se plait à repenser les protocoles issues de procédures non déterministes, comme les équilibres instables et réactifs liés aux organisations sociales ou l’intelligence collective est le paramètre constitutif du vivre ensemble, où les multitudes ne sont pas kidnappées par les mécanismes de délégation de pouvoir, fussent-ils démocratiques. Que quelques architectes s’intéressent aux caractéristiques, aux identifiants, aux marqueurs de l’auto-organisation, pour dé-pathologiser ces protocoles d’incertitudes des fantasmes New-Age, communautaristes et alternatifs, semble une belle ligne de fuite, une ligne d’intensité, qui fissurent par la même tout le système de représentation…

Léopold Lambert : Dans cette quête de l’incertitude, de la perte de contrôle, nous mêmes nous posons la question d’intégrer la mort de l’architecture dans son processus de vie.

François Roche : La mort de l’architecte ou la mort de l’architecture ?

Léopold Lambert : La mort de l’architecture

François Roche : La nécrose de l’arbre fait partie de la nature même, de la logique même qui articule photosynthèse et croissance. Elle peut à la fois donner vie et créer son étiolement voir sa propre disparition. N’oublions pas que des villes émergent de ces forces contradictoires, Bangkok que nous connaissons bien est de celles-là, une ville où les bâtiments meurent, parfois suite à leur achèvement, parfois dans un état d’inachèvement, comme en attente, à l’abandon. Nous sommes dans le sens premier du cadavre exquis, et sur le cadavre pousse une autre histoire, un autre scénario, négociant son mode relationnel, entre indépendance et ''symbiotisme''.

Léopold Lambert : Le cadavre exquis dans toute sa littéralité !

Martin Le Bourgeois : Pour revenir un peu à la question d’avant, au droit ou à la capacité de l’usager à participer. Pour éviter de retomber dans les dérives modernistes faut-il que la participation soit aveugle ?

François Roche : Je vais revenir sur un point très délicat, sur lequel nous sommes très peu outillés. Cette gestion de l’indétermination, qu’elle soit narrative, paramétrique et/ou entropique, ne peut se limiter à la compréhension, la codification de sa morphologie. L’hypothèse d’un inachèvement, d’une indétermination doit se contractualiser, au sens de Sacher Masoch, simultanément et intrinsèquement à la zone d’émission, à la gestation de l’émergence. Le scénario doit rester un scénario ouvert, pour que la forme émise ou en train d’être émise puisent son indétermination de la contradiction des inputs qui la conditionnent. Ce n’est pas une méthodologie, l’inachèvement, l’indétermination ce ne peut être qu’un champ interstitiel, qui navigue entre des zones repérable, entre une géométrie générative, voir évolutionariste, une narration sociale et un protocole de construction. L’articulation de ces trois inputs, voir la contractualisation de leur non miscibilité est au creux des dispositifs que nous essayons de mettre en place.

Stéphanie Lavaux : Dans tout ce qu’on vient dire, on tourne autour de la chose en train de se faire, la chose en mouvement. La mort de l’architecture, oui parce que le cadavre exquis, ce n’est rien d’autre qu’une chose inerte en attendant que la narration vienne la re-posséder. C’est le problème de l’architecture et de sa représentation. C’est quelque chose de figé et, vouloir relier le corps à la chose figée, c’est très difficile et très délicat. La machine existe donc pour essayer de remettre la chose dans le mouvement en train de se faire. De quelle façon le protocole de négociation avec tout ce qui parle de l’architecture va être remis en question par le mouvement, par la façon dont tu vas vivre la chose.

Martin Le Bourgeois : Les sources de dynamique, c’est la nature ou la machine, ou la narration. Mais c’est peut-être aussi les hommes, par exemple dans la lecture que j’ai pu avoir de I’ve heard about, qui est très subjective et certainement superficielle, l’homme est une source de métamorphose imprévisible dans sa façon de disperser des informations sur son état de façon inconsciente. Est-ce que c’est important pour vous d’utiliser l’homme ?

François Roche : Là tu reviens sur ce grand récit qui a labouré tout le XXe siècle, et qui a consisté à mettre l’Homme au centre de toute chose. La modernité s’est illusionnée sur la nature de l’homme, je ne vais pas revenir là dessus, mais tel que tu le formules, cela me parait suspect.
Il m’intéresse plus de questionner voir d’invalider la formulation des désirs, quand ils ne sont légitimés que par la capacité d’un individu à émettre via son Libre arbitre. Que Spinoza ai suspecté que cette notion qui sous-tend le plus haut degré de liberté de pensée et d’expression soit par la même celle qui est utilisée comme instrument de servitude, d’esclavagisation de celui qui se pense libre, ne peut que nous amener qu’à une certaine prudence.
D’autant plus que la déflagration post-capitaliste de l’organisation des désirs est devenue le vecteur de sa survie, via la media culture : machine à produire des subjectivités, arguments de vente des produits support de la machine.
A contrario, sur l’expérience ‘’I’ve heard about’’, nous nous sommes posés comme préliminaire, de relire les contradictions dans l’émission même de ces désirs ; à la fois ceux, qui traversent l’espace public par la capacité à émettre un choix, un désir véhiculé par le langage, a la surface des choses, et ceux préalables et plus inquiétants peut être, mais tout aussi valides, susceptibles de rendre compte du corps comme machine désirante (cf. Deleuze) et de sa chimie propre ; dopamines, cortisols, mélatonines, adrénalines et autres chimies sécrétées par le corps lui-même, imperceptiblement antérieur à la conscience que ces substances vont générées :
L’émission du désir comme source de schizophrénie, entre le spectre visible de la parole émise dans la sphère publique et la chimie des corps. ‘’I’ve heard about’’ c’est rentrer par effraction dans le mécanisme de dissimulation du langage afin d’en construire physiquement les contradictions. ‘’I’ve heard about’’ c’est de mettre en scène l’effraction de la logique des choses lorsque le langage doit négocier avec la profondeur des corps, au creux d’un pli d’Antonin Artaud.
Via ‘’I’ve heard about’’, nous avons scénarisé une machine constructive et narrative qui soit réceptive à deux inputs contradictoires, entre l’ordre du désir codifié par le langage, et de l’ordre de sa sécrétion chimique préalable, voir dissimulée ; que la relecture schizoïde d’une programmation ‘’en train de se faire’’ puissent générer des protocoles d’incertitudes et d’inachèvement. Qu’une stratégie constructive soit émise sur des logiques non linéaires est ce qui conditionne leur hétérogénéité et hétérotopie. La non miscibilité de ces inputs liés à la formulation des désirs est à même de générer un fragment de ville qui ne soit pas univoques et totémique, mais qui conservent le conflit originel de leur inadéquation.
Les livres de Maurice Maeterlinck et Thomson D’Arcy, écrits au début et milieu du XXème nous ont largement influencés ; l’analyse de l’un ; de la sophistication des organisations architecturales et sociales des innombrables fourmis, termites et abeilles et la description des géométries induites et des mathématiques qui les sous tendent par le second sont les influences directes de cette recherche.
Les termites, par exemple, déconstruisent et reconstruisent leur habitat, pour maintenir par la ventilation ou l’isolation ainsi créées, la température idéale de reproduction et de ponte, alors que ces mêmes termites ne se repèrent dans ces labyrinthes de tunnels méandreux que grâce à leur phéromones (ils sont aveugles), qui eux-mêmes sont extrêmement volatiles et sensibles à toute brise si minime soit elle. L’adaptabilité climatique de la termitière selon les heures de la journée et du degré d’ensoleillement, force la modification constructive et par la même modifient et déplacent l’instrument de mesure, les phéromones, qui en permettent les modifications successives. Imaginez donc de construire un bâtiment avec un point d’origine de repérage en XYZ en mouvement aléatoire, un système référentiel GPS qui s’organise à partir du déplacement de son point zéro et cela sans prévisibilité…un GPS relatif et indexé à ce qu’il permet d’entreprendre, en perturbation permanente. La complexité vient de cette schizo productive, non de la fascination des termites à construire des alvéoles réticulaires exo-squelettiques.
Ce ‘’mouvement en train de se faire’’ est éminemment en pure contradiction avec les mécanismes d’achèvement, de prédiction, d’anticipation qui alimentent depuis Brunelleschi et sa Santa Maria del Fiori à Florence les modes opératoires et structurelles de l’architecture.
Dans ce ‘’mouvement en train de se faire’’, l’homme n’est pas placé au centre, il en est constitutif.

Stéphanie Lavaux : Ce pli inexplicable on y est constamment confronté soi même. Je ne vois pas pourquoi l’architecte viendrait comme un démiurge simplifier une réalité complexe. Tous ces inputs nous intéressent pour les re-questionner à chaque projet pour, au contraire, développer un scénario, dans lequel l’être, le corps va pouvoir trouver une porte ouverte pour s’épanouir. Sinon on est dans une architecture de représentation moderniste qui n’est qu’une représentation simplifiée et ennuyeuse du monde. C’est tout une cuisine intéressante.

Léopold Lambert : Toi François, tu parles beaucoup de Faust en général…

François Roche : Pas là !

Léopold Lambert : Non, effectivement ! Mais, on va y venir parce que tout système, implique tout de même, au préalable une auto-aliénation comme une espèce de pacte qui fait qu’on accepte ce système. Dans ma lecture d’I’ve heard about, en tout cas, c’est tout à fait ça, je crois, dans le sens où existent ces nano capteurs que tu avales, chaque matin, en guise de ré-acceptation du système.

François Roche : Aliénation volontaire, choix de sa propre servitude, foi en sa liberté alors que de manière contradictoire on est constamment enchaîné à des ritournelles de vie quotidienne, on est au creux de tout ça. La modernité s’est illusionnée sur la nature de l’homme, bien qu’il n’ait eu de cesse que de caresser la proposition de Méphisto.

Léopold Lambert : Alors justement, est ce que, dans I’ve heard about, c’est une part de cynisme…

François Roche : Non…est-ce cynique que de voir le mal en face, d’autant dixit Baudelaire, qu’il s’arrange toujours pour nous faire croire qu’il n’existe pas…

Léopold Lambert : …alors dans ce cas là ce serait plutôt une condition inévitable du dispositif.

Stéphanie Lavaux : Tu sais, à Barcelone, c’est déjà comme ça dans certaines boites de nuit où tu dois porter un patch sur l’épaule qui débite ta carte bancaire.

François Roche : Ca c’est un gadget, mais cela pose la question du post-humain, de la perte de l’intégrité, de l’identité du corps lui-même ; l’humain en tant que corps aliéné à la technologie que lui-même à utilise pour s’en désaliéner. Le corps contemporain est un corps imbriqué, mutant, fantasmé comme mutant, mais ‘’I’ve heard about’’ ce n est pas cela, cela n’a rien avoir avec Steve Austin, ‘’l’homme qui valait trois milliards’’… Il s’agit dans ‘’I’ve heard about’’ de réinterpréter la notion du désir, du corps comme machine désirante, afin que les ambiguïtés, d’inputs contradictoires de pulsion-répulsion soient à l’origine du système paramétrique de construction ; qu’un fragment urbain devienne, dans sa physicalité propre contingent aux humeurs de ceux qui l’habitent, voir même comme c’est le cas dans ‘’I’ve heard about’’ de ceux qui l’empruntent.
Rien à voir avec le mythe faustien, à l’origine de l’Homme moderne, de l’übermenschen. On se souvient que le docteur Faust en négociant, non pas avec un mal transcendant, mais avec le mal lui-même, le mal en lui même, de la quête de pouvoir, de surpuissance, devient l’architecte de sa perdition.
Nous ne pouvons ni théâtraliser ni nier cette situation. Mais simultanément à cet égotisme convulsif, apparaissent des hypothèses d’organisation où la trajectoire d’un individu se revendique comme contingente de l’ensemble du système, où les équilibres humains, thermodynamiques et instables, produisent des flux, des lignes d’intensités, des concrétions, des zones d’énonciations dans lesquels le corps, les corps de l’architecture et de ceux qu’elle est censée abriter, sont inextricablement noués.
La Cité n’est pas simplement composée de l’addition des individus en tant que particules intrinsèques et autonomes, mais doit être la matrice d’un système d’échanges, entrelacé, dans lequel la matrice générative ne peut être attribuée en préalable à un pouvoir centralisé. On ne peut, à ce titre passer sous silence les travaux sur la thermodynamique de Ilya Prygogine dans son livre ‘’La fin des certitudes’’.
De plus en plus de villes asiatiques (hors territoire Chinois, fantasmant les down-town des années 50) ou latino américaines s’étendent sur ce modèle, qui justement n’en est pas un, ou la négociation de voisinage devient le modus operandi de l’entropie urbaine.

Léopold Lambert : Voire même du contrat social originel…

François Roche : L’architecture dans ces cas précis est émise à partir de protocoles de mitoyennetés et de tolérances administratives. J’ai moi-même passé du temps dans les Slums de Mexico. Ces notions restent délicates à manipuler car toujours empruntée pour le mieux de gentil fantasme post New-Age un peu ridicule, pour le pire, de démission populiste. I’ve heard about prend néanmoins le risque d’une émission auto-organisatrice, en prenant garde de se prémunir à la fois de postures romantiques ou cyniques.
Pour revenir à Faust, et en finir, n’oubliez pas que ce mythe vient directement comme Frankenstein, de la création du Rabbin Löw, sculptant d’un tas de glaise l’image de l’homme pour se substituer au créateur. On est là au creux de l’histoire moderne, dans sa barbarie et dans ses fantasmes prométhéens, à la fois l’Odyssée 2001 de Kubrick avec la Nasa comme consultant et à la fois Orange Mécanique, avec son frère de sang, la CIA, pour une dance bicéphale entre le ''dream time'' et le ''day after''. Ce double enfantement monstrueux, la modernité nous l’a incestueusement légué, je ne vois pas comment ne pas négocier avec ces pathologies psychotiques. Penser que la production humaine ne serait fondée que sur des idéaux positivistes et sympathiques est un montage intellectuel criminel.

Stéphanie Lavaux : Je ne me souviens pas et ne veux pas me souvenir de celui qui a dit « la meilleure façon de résister consiste à regarder le mal en face. »

François Roche : Il faut avoir une empathie pour l’antipathie.

# Interview de Yona Friedman le 14 novembre 2007 à Paris


Avec votre cher assistant, nous avons eu la chance d'interviewer Yona Friedman chez lui pour notre mémoire.

INTERVIEW DE YONA FRIEDMAN LE 14 NOVEMBRE 2007

Léopold Lambert & Martin Le Bourgeois: Quelle est l’utilité de la fiction pour penser la ville ?

Yona Friedman: Je ne sais pas. Moi c’est surtout la réalité qui m’intéresse. Beaucoup de mes confrères considéraient mon travail comme fictionnel mais je l’ai réalisé en vrai et si c’est possible une fois, c’est possible plusieurs fois.
Je vais commencer par expliquer le côté social de mon travail. Je pense que les gens ne savent pas exactement ce qu’ils veulent, et, de plus, ils ne savent pas exprimer ce qu’ils veulent. Dès lors, qu’est ce qui est nécessaire que l’architecte puisse corriger ? Quelque chose qui n’est pas définitif. Vous avez l’exemple avec les meubles. Tout le monde trouve normal que je puisse changer ma chaise de position dans la pièce. Maintenant je peux aller plus loin. Je peux imaginer, c’est techniquement possible, que je puisse changer les parois. Je peux également changer la situation de la fenêtre. Donc je peux changer tout. Mon espace privé. Mais la ville, c’est un ensemble de ces espaces privés, une sorte d’accumulation, donc cela a des conséquences sur la ville.
Alors, pour aller un peu plus loin, je peux composer la ville avec l’équipement urbain qui changerait de place. Imaginez que ce boulevard puisse se déplacer cent mètres plus loin. Tout cela est possible si le bâtiment ne touche pas le sol dans son intégralité. La réponse technique est donc très simple. La partie mobile s’insère dans une ossature fixe. Si le mur doit soutenir le plancher supérieur, évidemment, tout cela n’est pas possible.
Si je peux changer mon mobilier, c’est parce que mon plafond est tenu par quelque chose d’autre. L’ossature sert donc de garantie que les choses se trouvant au dessus de vous ne tombent pas sur vos têtes. Ainsi, toute l’enveloppe peut être changeable. Il n’y a, de ce fait, aucune obligation quant à la forme architecturale. C’est le principe.
On m’a souvent dit que l’usager n’est pas capable de changer cet ensemble. A cela, je réponds que j’ai déjà fait l’expérience en réalité, avec de relativement grands groupes, notamment dans des lycées. Ces personnes étaient capables de faire la conception de leurs locaux. En même temps, ceci est passé par l’exigence de l’autorité, en l’occurrence le Ministère de l’Education Nationale, que tout cela soit changeable. Car, évidemment, ce que les gens ont conçu à tel moment ne s’adapte peut être plus dix ans plus tard lorsque les conditions ont changé. C’est pourquoi, j’ai été choisi pour ce travail.
Maintenant, il y a quelque chose d’autre qui m’intéresse. C’est la possibilité pour ces éléments de cette architecture complètement personnalisée, d’être à ce point simplifiés techniquement que ça ne dépend plus de telle ou telle compétence technique.
D’ailleurs, c’est rigolo, car la première expérience « grandeur nature » que j’ai faite, c’était dans votre école avec des étudiants. Depuis, ça s’est développé et j’ai eu quantité de ces expériences.
Il y a lors des conséquences pour les architectes. En effet, vous ne pouvez pas dessiner le produit de cette architecture. Cela ne supporte pas le papier, seulement la réalité. C’est un problème que j’ai rencontré en 1970, pour le concours de Beaubourg ; je ne pouvais, alors, pas présenter mon projet. Par exemple, le concours demandait de présenter une façade. Dans mon principe, il n’y a pas de façade. Pour moi, un bâtiment comme le Centre Pompidou, devrait changer de forme pour chaque exposition. Avec mon projet, chaque commissaire d’exposition aurait été chargé de changer les volumes intérieurs et extérieurs sans toucher à la structure.

LL&ML: Ainsi l'architecte ne conçoit plus qu'une structure de potentiel.

Yona Friedman: L'architecte, dans ce cas, devient un conseiller indispensable pour tous les aspects collectifs, y compris l'esthétique. Tout cela est évidemment beaucoup plus compliqué. Il y a les conduits techniques etc.

LL&ML: Vous êtes donc un conseiller.

Yona Friedman: Oui. Néanmoins l'urbanisme est également fait par l'architecte. Imaginez qu'un habitant ait décidé telle forme pour son logement; l'architecte conseillera alors la position des logements environnants avec les conditions de distances minimales, d'éclairage etc. C'est ce qui a été mon principe pour le lycée dont j'ai déjà parlé. J'y ai été responsable pour les aspects collectifs ainsi que pour le budget et la sécurité.

LL&ML: Il reste donc du travail !

Yona Friedman: Oui ! L'architecture moderne a commencé par la conception de villas de gens riche. Ce principe est donc un début de démocratisation. Les gens ont tous la même liberté. Cela veut dire une liberté, mais également une discipline à respecter. Cela n'est pas séparable.

LL&ML: Il faut donc, à l'origine, que la personne ait choisi de vivre dans ce système. Il y a aussi des sacrifices.

Yona Friedman: Exactement ! Par exemple, lors de la conception des espaces du lycée, il y a eu énormément de tractations entre les différents acteurs. Moi, je n'y participais pas. Ma responsabilité a été que les plans qu'ils avaient choisi soient réalisables, rentrent dans le budget et dans les normes de sécurité ainsi que la conception de l'aspect extérieur. Ils peuvent faire des changements et ils l'ont fait. C'est un bâtiment qui a maintenant vingt cinq ans et ça marche !

LL&ML: Pourquoi construisez-vous cette structure au dessus de la ville existante ?

Yona Friedman: J'ai pensé à cette configuration pour deux raisons. La première, c'est que les choses ne se construisent pas dans le vide et que construire quelque chose ça n'oblige pas de détruire l'existant. On peut ainsi renouveler une ville sans expulser ses habitants.
La deuxième est encore plus importante. Il s'agit de la possibilité de changer tout le réseau urbain. Vous le savez l'architecture maintenant, dans pratiquement toutes les villes, obligent à avoir un réseau routier très difficile à changer. Moi, je cherchais à créer un réseau routier qui ne soit pas figé. On ne connaît pas l'évolution de son utilisation. Regardez par exemple les couloirs de bicyclettes à Paris, c'est une catastrophe. Non pas que le principe soit mauvais, mais parce que ça ne s'accorde pas au système routier.
Un peu plus loin encore, je pensais que l'on pouvait installer certains services publics, salles de spectacles etc., où on le souhaite. Je ne veux pas dire que cela doit être en toile comme le cirque, mais bel et bien mobile. Toutes ces choses ne peuvent être fixées. On a parlé de cirque. Le cirque, c'est saisonnier. Je peux très bien imaginer que la ville est différente entre l'été et l'hiver ou lors des transformations très fortes.

LL&ML: Quand vous parlez de ville globale, on peut tout à fait imaginer que tout une population vivait à un endroit, se déplace, migre. Auquel cas, il faut adapter les infrastructures à la population arrivante, comme à la population qui part. C'est la logique de la modification permanente.

Yona Friedman: Je le crois en effet. De toutes façons, maintenant les villes se modifient mais difficilement, car par le biais de démolitions etc. J'ai un autre principe, encore plus loin. Il y a une manière d'équilibrer la croissance d'une ville, que j'ai osé écrire en 1953...

Tûtûtûtûtûtû téléphone...........





Yona Friedman: A propos de "la ville continent". Aller à Bruxelles ou à Saint Germain en Laye, prend à peu près le même temps. Je crois que tous les continents fonctionnent comme une très grande ville où les villes actuelles sont des stations de métro. Quand je suis allé au Japon en 1992, je devais aller en Shikansen de Tokyo à Osaka, alors je demande des informations pour le train:

- Malheureusement le train est complet. Mais, on peut vous vendre un billet pour le prochain.

- Ca part quand ?

- Dans dix minutes

(rires)

Deuxième chose, quand je suis allé à Shanghai, on m'a parlé d'une ligne rapide Shanghai - Pékin qu'ils construiraient en trois ans. C'est quelque chose de complètement différent d'ici. Chez nous le TGV Est a nécessité dix ans ! C'est vrai ! Entre deux visites de Shanghai, c'est incroyable ce que la ville change. On ne reconnaît rient mis à part le Bund et une partie de la concession française ! Une autre chose qui m'a marqué, c'est la hauteur des autoroutes urbaines. C'est assez incroyable !

LL&ML: Vous parlez de système égalitaire. C'est quelque chose que l'on peut mettre en place et qui peut apporter de bonnes choses, notamment, la possibilité de maîtriser son environnement. Mais, il nécessite une discipline. Dans quelle mesure pensez-vous, que cette discipline est à même de s'actualiser, sans amener à nouveau à la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui ?

Yona Friedman: Vous ne pouvez pas écrire la discipline. Ca se négocie avec les gens réels. Ce n'est pas abstrait. Pour les deux expériences que j'ai réalisées avec des gens réels, cela a nécessité au moins six mois de négociation. Entre les gens. Pas avec moi. Les règles varient selon le groupe social. Je pense aussi que ces négociations n'amènent pas forcément à une forte innovation. C'est très lent. On est une espèce d'animal qui pense relativement lentement, c'est comme ça. C'est un héritage biologique. En groupe c'est encore beaucoup plus lent. Donc je suis contre les précisions lorsque c'est évitable, non pas que je sois inimical à la précision, mais, dans la plupart des cas, c'est simplement impossible ! N'importe quel psychologue pratiquant vous dirait que tous les concepts, toutes les images des gens sont "flottants". Quand quelqu'un vous dit un simple mot, "carré", je ne suis pas sûr de ce qu'il pense. C'est terriblement variable. La seule manière de s'extraire de l'abstraction, c'est d'aller vers la réalité. Je vous donne un exemple. Imaginez que nous sommes déjà dans un système, où la route est déplaçable. Comment la décide-t-on publiquement ? Ce sera une longue palabre entre les gens et cela donnera un résultat complètement imprévisible. On commence à avoir une idée du résultat, seulement quand la négociation est engagée. C'est pourquoi je trouve que cette mobilité généralisée est nécessaire. C'est la même chose maintenant dans d'autres disciplines que l'architecture. La politique également, par exemple. Décider des lois, par une assemblée avec l'idée que c'est pour l'éternité, ça ne marche pas. On devrait avoir un système, où chaque loi est renouvelée, à titre d'exemple, tous les deux ans. On pourrait alors mettre en place des référendums locaux où l'on pourrait apporter diverses améliorations pour sa communauté. Le principe reste; les variations peuvent être assez fortes.

LL&ML: Mais, lorsque vous parlez de négociation, le problème peut être que des acteurs de cette négociation vont être plus forts ou plus "méchants" et de manière subjective et ne reflétant pas la réalité, ils vont faire déplacer la route vers eux alors qu'il aurait été plus juste qu'elle soit déplacée vers tous. Comment réussissez-vous à palier à ce type de problème ?

Yona Friedman: J'essaye d'expliquer comment vous pouvez expérimenter, je ne dis pas ce que vous devez faire. Je ne sais pas quel genre d'habitation veut untel ou untel. Je ne sais pas quel sera le résultat. Je leur permets ce jeu qui, pour eux, devient réel. L'abstraction, c'est trop vague. J'ai besoin de quelque chose plus concret.
En 1970, au MIT, on a mis tous ces programmes de choix sur ordinateur et en travaillant avec des gens réels, on s'est aperçu que l'ordinateur n'est pas bon pour ce travail. Vous ne connaissez pas le cheminement. J'ai donc refait mes graphiques avec des boutons et des ficelles, ce qui constituait le même mode de représentation que celui de l'ordinateur, mais celui-ci devenait réel pour les gens. Et, ce fameux lycée, on l'a fait comme ça. Il n'y a pas eu de discussion dans l'abstrait, mais bien en faisant des essayages très simples. Ca ne ressemblait pas à des plans d'architecture mais on a pu y arriver.
Je ne crois pas à mes propositions qu'à moitié. J'y crois quand je peux les essayer avec au moins un cas réel. Autrement cela signifie que j'y mets trop de mon imagination.

LL&ML: Quelle est la place du micro-événement dans la conception de la ville ?

Yona Friedman: Je crois que c'en est l'élément principal. Les gens ne vivent pas dans la ville entière. Moi, par exemple, lorsque mon chien existait, j'utilisais mon arrondissement dans la distance de promenade du chien. Et, dans cette distance, les gens me reconnaissaient et me disaient "bonjour". Ce n'est pas une carte précise. Pour chaque personne, cette carte se déplace. C'est le "overlaping" de micro-éléments.
Pour moi, une ville est composée de petits villages urbains. C'est la réalité. Entre ces villages, il y a le métro. Si je vais d'ici (XVe arrondissement), au XVIIIe arrondissement, c'est complètement irréel ! Je rentre ici dans le métro, et en ressort quelque part ailleurs. Peut être ai je fais cent mille kilomètres ! C'est la même chose avec la ville continent. Il y a des entrées et des sorties, et chacun a son entrée et sa sortie. J'ai appelé cette méthode, "mécanisme urbain". C'est un mécanisme transparent. Je sais qu'à cet endroit sont entrés tant de gens et sont sortis tant de gens mais qui sont ces gens ? Il y a un réseau extrêmement complexe de déplacements réels et cela devient encore plus complexe lorsqu'on sait que chaque personne a ses motivations de déplacement. C'est une situation complètement indéterminée et indéterminable.
On peut évaluer ça jour par jour. C'est comme la météo ! Moi, j'avais appelé ça "application météo urbaine". La météo peut vous donner des indications complètement abstraites: Il pleuvra ici, ou cinquante kilomètres plus loin. Pourtant, pour moi, c'est ici que c'est intéressant et pour l'autre, c'est ce qui se passe chez lui. C'est pour ça que je crois que l'architecture de la ville, c'est un processus continu. Il n'y a pas de phase terminale. C'est toujours changeant, exactement comme la météo. Les abstractions dans la météo ne vous informent que très peu:

- L'été il fera plus chaud que l'hiver

- Merci beaucoup !

C'est pour cela que ce qui compte dans la vie quotidienne, ce sont les détails. Et vous ne pouvez pas planifier les détails et cela dans tous les domaines. On planifie trop. Il y a une réalité qui est toujours dans un état d'équilibre. Quel équilibre ? Je ne le sais pas d'avance.

LL&ML: Pensez vous qu'on puisse créer de nouveaux micro-événements grâce à l'architecture ?

Yona Friedman: Oui ! C'est intéressant car, par exemple, dans la physique c'est la même chose. La physique théorique est d'ordre complètement statistique. Ca ne suffit pas. Lorsque je parlais de mécanisme urbain dans sa première formulation, en 1963 pour être précis, ça n'était pas les architectes urbanistes qui s'y intéressaient mais bien les physiciens; et lorsque j'ai été invité dans les universités américaines, je l'ai été par les architectes bien sûr, mais également par les physiciens, car ce modèle leur paraissait signifiant. Celui-ci implique un certain nombre de choses pour l'architecture mais, en réalité, il s'agit de quelque chose de plus général.
C'est le détail qui est important, et il n'y a pas de statut définitif, il s'agit d'un processus. Les mathématiques m'ont toujours intéressé. C'est pourquoi, je sais que les mathématiques ne suffisent pas en elles mêmes. Les mathématiques ne peuvent pas décrire un processus.

LL&ML: Ce serait donc une erreur de tenter de modéliser ce modèle ?

Yona Friedman: Ce n'est pas une erreur, mais vous ne devez pas surestimer cette modélisation. Cela vous donne une information mais ce n'est qu'un aspect de la réalité. J'aime utiliser un exemple très populairement connu. Vous connaissez la célèbre équation d'Einstein: E=mc²
C'est absolument parfait, sauf que c'est faux ! C'est très simple. Ca ne devrait pas être une équation. On peut transformer de la matière en énergie mais on ne peut pas transformer l'énergie en matière. C'est impossible; c'est en contradiction avec la loi d'entropie. C'est une grande équation, mathématiquement juste, mais fausse en tant que processus. C'est un exemple, mais je pourrais vous en donner beaucoup d'autres...